La musique
à Metz



Laurent Korcia, violon
Jean-Efflam Bavouzet, piano
jouent
- Bartok, Janacek, H. Lacombe, Ravel -


Concert à l'Arsenal de Metz, mardi 15 février 2000 - Programme du concert


Ce concert nous emmenait d'abord en Europe centrale - danubienne -, aux confins de trois civilisations: la slave, la hongroise et la latine; puis, dans la France rationnellement émotive du XXème siècle.

Dans les Danses roumaines de Bartok, le violon a d'emblée fait ressortir la variété des timbres, grâce à un jeu d'archet précis et volontaire, pendant qu'au piano, les attaques franches soutenaient l'ambiance villageoise. On aurait presque entendu les mains des paysans claquer sur les jambes en dansant. Pour la Sonate n°1, l'expressivité audacieuse, dans l'allegro, n'a rien sacrifié à la clarté; dans l'adagio, la ligne mélodique pure du violon laissait au temps le temps de s'écouler, avec peu d'ornements, juste ce qu'il fallait pour engager la phrase suivante; dans le presto, les deux solistes étaient peut-être un peu moins ensemble pour les duos, mais quand il s'agissait d'échanger et de se répondre, ils marquaient beaucoup d'à propos.

Dans le premier mouvement de la Sonate de Janacek, le violon, très lyrique, était soutenu par un piano aux sonorités rondes et chaleureuses. Dans la ballada, les deux solistes allaient d'accord pour marquer les accents. Ensuite, ce fut le tour du piano d'étaler de la complaisance sentimentale, alors que le violon semblait se rétracter sous la gêne qu'il y a à être ému, ou aimé.

Pour la Sonate d'Hervé Lacombe, le piano, très rythmé au départ, mais avec un sens des progressions et des nuances propre à contenter l'esprit, répondait à un violon développant ses phrases avec juste ce qu'il fallait de fougue. Dans le nocturne, le violon s'est engagé avec un certain flegme, presque de la nonchalance: on aurait préféré plutôt de la résignation fière, pour rendre le sentiment tragique devant le vide, la nuit; mais il s'est rattrappé ensuite dans les passages plus aigus: la plainte devenait digne, la coupe à boire était présentée plus haute. Le piano était imperturbable, sans pitié malgré ses tons enrobés. La cruauté aurait pu être encore davantage marquée. Dans l'allegro ostinato, ce fut le tour du piano de se révolter, sans rien perdre de sa dignité; en même temps, sa constance devenait plus lancinante. Le violon griffait avec acharnement, on s'y perdait presque. Oeuvre magnifique, et qui réveille!

Dans le Tzigane de Ravel, le piano a semblé un peu terne, ne marquant pas suffisamment le rythme, un peu englué dans les notes. Le violon semblait maître de la situation, avec ces grands aplats de l'archet, ou ces coupures aussi brèves que nettes; les modifications de timbre lors d'un aller simple de l'archet étaient remarquables et pleines de finesse.

Bruno Masala


Liens:
 - Association Lorraine des Amis de la Musique (site officiel, Mairie de Metz)

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© Bruno MASALA, février 2000.   Motif de la marge: détail des Noces de Cana de Véronèse - Musée du Louvre