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La musique à Metz
version n&b impression
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Accentus interprète Wolf, Strauss, Schönberg, Dusapin
dir. Laurence Equilbey, avec l'ensemble Ars Nova
Arsenal, Metz, 16 février 2000 - Programme du concert
1- Wolf, Strauss, Schönberg 2- Dusapin: Granum sinapis & Dona eis
Première partie
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Trois Chants sacrés d'Hugo Wolf
Il faut goûter ces decrescendos méditatifs et cette expressivité délicate auxquels Laurence Equilbey semble mener ses choristes par une douce mais tenace coercition. Dans la Dernière requête aucun moment n'a cédé au pathos: tout était dans la clarté tragique, et dans le devoir lyrique, celui de dire la plainte plutôt que de la jouer. Dans Soumission on a pu reconnaître la prière à son cri, car prier est une volonté, un effort, même dans la souffrance. Impeccable!
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Der abend, de Richard Strauss
La seule partie du concert qui m'ait déplu: on a trop privilégié la clarté; tout semblait chanté vers le haut, du coeur vers le ciel, plutôt que de nous faire descendre tel une pluie d'or sur le crépuscule. Dans l'ensemble, trop méditatif et pas assez sensuel pour du Strauss. Mais il y a eu de bons moments, notamment la fin de la 2° strophe. L'endormissement, dans toute la 4° strophe, était délicieux.
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Opus 50 a & b, d'Arnold Schönberg
Ces prières étaient abordées avec la rudesse et la pudeur du montagnard. Tout était clair, à même de nous rendre attentif. Dans le De Profundis la tension de la foi, qui est attente, espoir et soif, était bien rendue, nous rappelant à nouveau que la prière est un cri, et que ce cri est la demeure de Dieu.
Deuxième partie
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Granum sinapis et Dona eis, de Pascal Dusapin
Ici je me sens contraint d'adopter un ton plus personnel, pour essayer de dire ce que j'ai ressenti. Après cette première audition, j'ai du mal à distinguer l'effet produit par chacune des deux oeuvres. L'impact de la première a rejailli fortement sur l'écoute de la deuxième.
C'était déchirant de beauté! Je me suis senti placé en situation de contemplation par une main invisible, à la fois vigoureuse et respectueuse. C'était comme si la beauté restait présente avec persistance, comme si elle se prolongeait, au lieu de n'être qu'un instant de jouissance. C'était beau alors même que l'économie du texte semblait viser d'abord la justesse, la vérité, avec patience. C'était intangible alors même qu'une Substance semblait prendre corps.
Ce soir, pour la première fois depuis, peut-être, la Nativité de Messiaen, une oeuvre musicale ne s'est pas contenté de parler. Caduque la pure recherche des formes, qui pensait trouver un horizon dans une forme des formes, ou dans l'informe qui se révélerait. Dehors les représentations humanistes du bon sauvage ou de l'antique dionysiaque! Voici la vraie fleur où, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour, se rejoignent mon être et le sien, communient l'éternité et le néant. Enfin, avec Granum sinapis de Pascal Dusapin, on tient la preuve qu'il est encore possible d'assumer toute la tradition musicale et toute la sagesse, et que ceux qui ont eu besoin de les délaisser pour se croire modernes appartiennent désormais au passé du XXème siècle.
Voilà un créateur qui ne saute par dessus aucune époque, pas même le moyen-âge, mais cueille tous les fils qui nous replongent dans ce qui a formé notre oreille. Un auteur qui ne sacrifie rien de ce qu'il veut exprimer tout en atteignant une parfaite cohérence. Garder sa foi plutôt que refouler sa vérité. Car l'art n'est ni un simple loisir, ni seulement une thérapie. C'est un fait, une nécessité, voire une vocation et une éducation. Sur la barque de la vie, nous sommes des êtres souffrants ou jubilants et l'art est notre cri, de joie ou d'amertume. Au fond, Pascal Dusapin recèle tout ce qui est nécessaire pour devenir un classique.
J'ai même cru entendre s'incarner le pieux mystère de cette mauvaise pensée de Paul Valéry: La vérité est nue, mais sous le nu est l'écorché. Écorché et terrassé, je l'étais, moi l'auditeur, par cette musique qui m'arrachait au temps qui passe, pour clouer mon attention devant celui qui mûrit, pour abdiquer toute peur devant les douleurs de la vérité et de la beauté. Enfin, comme Haydn dans les Sept dernières paroles, Pascal Dusapin réussit à donner présence à la chair souffrante qui prie.
Et que dire des interprètes, de l'ensemble Accentus ? Certes, les féliciter pour avoir visé la pureté et la nudité. Mais surtout les remercier de s'être effacés pour l'oeuvre, de s'être remplis d'elle pour nous l'insuffler!
Bruno Masala
Liens:
- Page dédiée à Pascal Dusapin, sur ce site - nombreux liens
- Extrait de Granum sinapis, par Accentus (sur le site de Musique Nouvelle en Liberté)
- Accentus (site officiel du Choeur)
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