Directeur artistique de la Philharmonie de Lorraine
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Avez-vous déjà essayé d'exprimer l'impression que Jacques Houtmann vous fait en entrant en scène? Depuis une dizaine d'années qu'il dirige la Philharmonie de Lorraine, je n'ai cessé, pour ma part, d'être étonné, et admiratif, devant la tenacité de cet homme, raide et poli, au regard apparemment péremptoire et aux oreilles grandes ouvertes. Voilà un chef d'orchestre qui non seulement travaille pour vous faire entendre la musique, mais qui s'efforce aussi de vous la faire écouter: il dissèque pour vous le temps, forçant l'attention du public sur le texte, la matière musicale... Peut-être a-t-il peur que vous ne remarquiez pas telle note, tel accent, telle phrase. Avec lui on redécouvre que la musique est une oeuvre, une construction, une invention: la musique, l'art le plus idéal, le plus intellectuel. Certains n'apprécient pas cette tendance à faire revenir sur terre l'esprit des auditeurs lorsque celui-ci se met à virevolter sur les ailes de la musique, la consommant et l'utilisant au lieu de la goûter et de l'analyser. La part du rêve, voire de l'émotion, s'en trouve parfois blessée. Pourtant la tête qui accepte de se laisser aller au point de vue de Jacques Houtmann en ressort toujours enrichie: elle a appris quelque chose, son oreille et sa mémoire se sont affinés, sa connaissance de l'oeuvre s'est approfondie. Jacques Houtmann veut nous faire découvrir ce qui n'a pas encore attiré notre attention. Sans doute, déteste-t-il les passions vulgaires et les plaisirs répétitifs. Alors, marchant sur un fil, avec à gauche l'appétit du public, à droite l'idéal qu'il entrevoie, cet intellectuel penche souvent à droite. Bien sûr, l'idéal peut trop fortement déloger l'âme du plaisir présent, et nous rendre perpétuellement insatisfaits. Il nous fait fuir en avant. Jacques Houtmann n'avance jamais trop vite, mais son esprit est toujours en avance sur ce que la baguette ordonne: il saute à ce qui suit, oubliant de goûter fermement et fièrement ce qui vient d'avoir lieu, ce qui a encore lieu grâce à lui. in Passerelles III, revue culturelle et scientifique de l'université de Metz, n.4, 1995
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