La musique
à Metz



Lulu, d'Alban Berg

Nouvelle production de l'Opéra de Metz
mise en scène: Danielle Ory, rôle-titre: Ray-Anne Dupuis
Philharmonie de Lorraine, dir. Jacques Lacombe

à l'Opéra-Théâtre de Metz
ven. 26 mai à 20h30, dim. 28 à 15h, mar. 30 à 2030
affiche


Invitation à une tragédie

Précis, ouvert et déchirant... Dès les premières notes de Lulu d'Alban Berg, le ton est donné. On a peur de l'autre, dans cet univers froid où les relations avec autrui ne sont que monnaie d'argent et de désirs. Plus personne ne se respecte car une digue est brisée: celle de l'aggressivité charnelle. Dans le prologue, on a envie de jeter la pierre à ceux qui croient se dédouaner de leur propre bestialité en mettant la bête en cage.

Dans les trois actes qui suivent, pour faire tenir tout le beau monde, ses jeux de société et ses coups en bourse, sur la petite scène de l'Opéra-Théâtre de Metz, on a eu recours à un escalier. Cela agrandit l'espace disponible, sur deux niveaux, et donne l'occasion de faire connaissance avec les personnages: en observant leur démarche. Fauteuils et sofa permettent de les rendre humains et proches de nous, dans leur confort intérieur. Alors, sous une lumière crue et drue, nous avons droit à la première explosion d'émotions musicales, à la découvete du suicide du photographe. Ils y passeront tous, même Schön, lui qui porte encore quelques relents de chevalerie. Mais sa virilité est méprisante et vulgaire. Il mérite la mort.

Les voix valent toutes la peine d'être découvertes. D'ailleurs la partition ménage les effets et, tels des cygnes, c'est lorsqu'ils vont mourir que ces personnages poussent leur plus beau cri. Lulu est incarnée par une comédienne remarquable: tout son corps parle d'elle. Et sa voix passe si prestement de la douceur aux supplications, des accents rusés aux abandons féminins! Vous découvrez une Lulu, et il y en a déjà une autre devant vous. Son duo avec Schön, juste avant qu'elle ne le tue, est déchirant. Les notes semblent de longues racines qu'on arracherait lentement... Et il y a beaucoup d'autres beaux moments, certains presque insupportables!

Oserez-vous venir et vous laisser engloutir par cette musique? par cet opéra dont le texte est une patiente prise de conscience, une opération chirurgicale sur l'âme moderne, à coeur ouvert et sans anesthésie? Qui sait? peut-être aurez-vous envie de devenir un petit frère ou une petite soeur pour Lulu: elle en aurait eu tellement besoin pour fleurir, pauvre Lulu qui, malgré elle mais en s'en rendant compte, voit flétrir tout ce qui l'entoure. Lulu, trop aimée, mal aimée, ne se sent jamais aimée. Elle se bat pour sauver sa vie quand les autres ne défendent que leurs passions voire, pour certains, leurs caprices. Viendrez-vous la voir qui se raccroche aux autres, pour mieux faire tenir debout les derniers lambeaux d'amour et de beauté?

Alors deux conseils: si vous ne connaissez pas l'oeuvre, prenez un peu de temps pour lire la présentation, afin de faire connaissance avec tous ces hommes qui entourent Lulu; et si vous ne comprenez pas l'allemand couramment, préférez les places du premier balcon afin de jouir aussi bien de la scène que de la traduction en sur-titres.

Bruno Masala


Liens:
 - Opéra-Théâtre de Metz, saison 1999-2000 (site officiel, Mairie de Metz)

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© Bruno MASALA, mai 2000.   Motif de la marge: vitrail de Ménassier, à Brézeux