Metz - Regards de promenade, mai 2000


 

Cathédrale - Outre-seille - Place Saint-Jacques
Place de la République - Place de la Comédie


 

La Cathédrale de Metz,
      depuis la rue Taison, à l'angle de la rue Four du Cloître
Dans la pleine lumière de ce premier mai, elle s'élance, grand navire de pierre jaune, encore noircie à la proue. Elle semble plus tranquille, moins portée à s'envoler que de nuit, lorsque les projecteurs viennent d'en bas illuminer ses flancs. Voilà que, sous le soleil, elle rentre fièrement au port... Peut-être est-elle déjà à quai, derrière ces maisons, et, caressée par la brise, elle offre une fraîcheur tranquille à ceux qui, à bord, promènent leur pas sous les chatoyantes couleurs des vitraux. Sur le faîte du toit, l'ange culmine, frêle fierté d'or sculptée. Je rêve d'entendre sa trompette m'appeler à m'offrir davantage à la beauté. J'irais alors m'abriter parmi les délicats arcs-boutants qui poussent des murs du choeur, rameaux apparement fragiles et plusieur fois centenaires.

 

La plaine d'Outre-Seille,
      depuis la rue des Murs
Les toits d'Outre-Seille préparent l'horizon peuplé de vert qui embrasse la ville, vers Queuleu, vers Bellecroix. En bas motos et voitures clignotent entre les arbres du jardin des Tanneurs. Encore plus près, un passant qui fume, un viellard qui passe, et, tout près, l'odeur sucrée des fleurs. Saint-Eucaire, mes yeux se lèvent d'abord vers toi. Comme tu as l'air vétuste avec ton clocher trapu et ton toit délavé. Où est cette noblesse accueillante que tu réserves toujours au passant qui pénètre dans ton enclos, rue des Allemands? Saint-Maximin a plus de dignité, avec son clocher fin et régulier; insérée dans les murs, elle ne montre que le meilleur d'elle-même. La paroisse de la confession d'Augsburg, encore plus modeste, ne laisse admirer que sa flèche virile. Tout est calme, il y a de la vie dans toutes ces maisons.

 

En débouchant place Saint-Jacques,
      depuis la rue Serpenoise
Le bleu du ciel d'un port marin descend derrière les maisons d'en face. Un peu plus à gauche, le sommet du portail de la cathédrale pointe au-dessus des toits. A l'horizon de la rue Bezançon, le Temple Neuf surgit, massif, dans le ciel blanchi par une lumière trop abondante. Sur la place, les corps humains se détendent enfin, caressés par un petit vent de Méditerranée. Des enfants s'exercent aux jeux virils de la guerre, sous la hiératique statue de la Vierge compatissante. Agitation tranquille des premiers beaux jours. Les arbres frémissent de l'espoir de croître en paix désormais, pour quelques mois. Leur vert semble si timide, leur feuillage est si jeune.

 

La place de la République,
      depuis la rue du Coëtlosquet
La place de la République est banale, et pas seulement par son nom: cet espace carré, mal habité par un parking uniforme, fait penser aux abords de centre ville de partout. Les plantations d'arbres aussi ont l'allure trop régulière. Les immeubles sont certes variés, éclectiques même, pourtant il s'en dégage une forte impression de monotonie. La perspective sur le Palais de Justice pourrait être noble. Mais il y manque ce je ne sais quoi qui fait exister les choses par elles-mêmes, comme des êtres. L'actuelle éventrure causée par les travaux, à la racine de la rue Serpenoise, est un contrepoint douloureux au bunker des Galeries Lafayette. Seul l'horizon de l'esplanade, avec son ciel dégagé par la dépression du plan d'eau, ouvre le regard vers plus de liberté. Le toit si français de l'administration militaire apporte lui aussi sa note de dignité. Et quand on s'avance puis se retourne vers l'accès au centre, la délicieuse encoignure du départ de la rue Serpenoise vient enfin mettre un peu de poésie dans les yeux.

 

Place de la Comédie
     
Chaque fenêtre encadrée, chaque colonnette en potiche au-dessus du fronton, chaque goutte d'eau retombant du jet d'eau, chaque pierre du pavement... est à sa place. L'équilibre raisonnable à la française canalise même le mouvement liquide. Alors, est-ce le soleil déclinant de dix-huit heures qui me fait reculer, afin de trouver l'ombre des acacias? A moins que ce soit le lampadaire qui s'impose comme nécessaire premier plan pour diriger mon regard. Il me conduit en effet à élever les yeux vers la flèche esseulée de l'ancien Temple, au troisième plan. Je rêve alors à cet autre bras mort de la Moselle qui me sépare de lui mais que je ne vois pas.

Bruno Masala

Liens

  • Mairie de Metz, site officiel


  • © Bruno MASALA - 2000.05.01 - 2000.08.07