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L'audace et l'éclat
Philippe Delacour, orgue, N.-D. de Metz, Hombourg-Haut
On se prend à imaginer Philippe Delacour aux claviers de l'orgue comme aux commandes d'une machine puissante qui avance en s'ouvrant un chemin. Quelle autre image pourrait rendre sa manière progressive et calculée, mais finalement éclatante, de remplir l'espace avec le son? Chez Philippe Delacour la registration est toujours intelligente. Elle est aussi audacieuse. Par souci d'équilibrer le spectre sonore, peut-être aussi par envie de solliciter la mécanique, il semble ouvrir l'orgue par tous ses tuyaux, en se maintenant sur ce fil ténu où accords et harmoniques sont aussi riches que distincts. Subtile alchimie où, en ajoutant, en amplifiant, il accroît la clarté au lieu d'augmenter la confusion.
Dans Widor ou Liszt notamment, Philippe Delacour vient nous rappeler que l'orgue fut un instrument guerrier, qu'il est la voix du Dieu des armées. L'église, ou la salle, se mettent à déborder, et les vitraux s'animent. Chacun se sent tout petit devant Dieu, broyé par sa puissance, mais comme plein de Sa force. Le propre de l'orgue, c'est de rayonner et, ce faisant, de nous faire irradier: l'orgue se commande depuis un centre, et il se trouve au centre, comme l'âme de chacun. Le miracle de l'orgue c'est, en semblant nous écraser, de nous fortifier, voire de nous catalyser. En Philippe Delacour, c'est l'idéal de l'aurige platonicien qui semble s'accomplir: maintenir sur leur route les deux chevaux contraires.
Bruno Masala
Liens:
- L'organiste Philippe Delacour entre émotion et virtuosité (article de Richard Bance, in Le Républicain Lorrain, 12avr99)
- Fugatto - disques, musique d'orgue (label ayant édité plusieurs disques de Philippe Delacour)
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