La musique
à Metz


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Autour de Gouvy


Concert de la Philharmonie de Lorraine, dir. Jacques Lacombe
avec Jean-Pierre Wallez, violon, et Philippe Delacour, orgue

Arsenal, Metz, 4 novembre 1999 - Programme du concert


C'est tout le XIXème siècle qu'on a ressuscité, hier soir à l'Arsenal, autour de Gouvy. Qui eût cru que notre palais postmoderne serve si bien d'écrin pour le cosmopolitisme et la sensualité du siècle dernier? On a d'abord entendu, en création mondiale, cette pièce concertante d'un seul tenant, la Pastorale pour violon et orchestre de Théodore Gouvy: une découverte qui donne à penser. Mais une interprétation qui nous laisse sur notre faim! Le texte est clair, et suit son chemin. Plutôt que de peindre ou de raconter, il suggère l'univers pastoral à travers des sonorités, voire des réminiscences. Jean-Pierre Wallez a peut-être joué un peu trop lié cette musique réfléchie, certainement plus 'intellectuelle' que celle de Lalo.

Ensuite, dans le Concerto russe de ce dernier, il s'est montré éblouissant pour sa partie, se glissant par dessous l'orchestre, ou s'imposant sur lui, quitte à le laisser sur place! L'oeuvre illustre bien la perception française de l'âme russe. Il y a en effet quelque chose de russe à entortiller ainsi les sentiments pour finir, à plusieurs reprises et inlassablement, à les faire éclater en contemplation (1° mouvement). Le Lento vous a-t-il fait imaginer que, si les Russes ont peu de mer, ils peuvent trouver dans le ciel quelque chose de l'onde? Dans la dernière note de ce 2° mouvement, Wallez a fait scintiller l'étoile, comme il arrive à l'oeil qui la fixe même dans un ciel serein. Dans l'Intermezzo, l'imprévisibilité oscille entre l'engouement furtif et le tragique… émouvant! On termine presque scherzo. Enfin, les accents moussorgskiens de certaines puissantes phrases du quatrième mouvement viennent achever ceux qui n'ont pas encore succombé à cette débauche d'émotions. Bref, l'entracte a paru bien court!

Après le brio et les sentiments de la première partie, nous avons été régalés de brillants et de sensations: la grande salle de l'Arsenal se prête bien à cette musique sensuelle, sensorielle, de Saint-Saëns. Dans la Symphonie pour orgue la matière sonore abonde, surabonde même en comparaison du texte à dire. Ce fut le triomphe de l'orchestre-spectacle, ou -tableau: Saint-Saëns, en effet, semble peindre sa musique, chaque coup de pinceau étant un groupe d'instrument. A l'orgue, Philippe Delacour, subtil, dosait bien ses effets, notamment ces tenus qui servent d'arrière-plan aux touches de couleurs. Jacques Lacombe semblait dans son élément, dirigeant par coeur, et avec coeur.

Bruno Masala


Liens:
 - Philharmonie de Lorraine (site officiel, Mairie de Metz)
 - Le violoniste Jean-Pierre Wallez séduit par la musique de Gouvy (entretien avec Richard Bance, in Républicain Lorrain, 4 nov 1999)
 - Trois joyaux du XIXe français (Critique de Georges Masson, in Républicain Lorrain, 7 nov 1999)
 - Des rencontres musicales intenses (Critique sur le même concert, à Hombourg-Haut, ville de Gouvy)
 - Philippe Delacour - L'audace et l'éclat (texte de B. M.)

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© Bruno MASALA, nov. 1999.   Motif de la marge: vitrail de Ménassier, à Brézeux