La musique
à Metz


version n&b impression


Mozart, Strauss, Shchedrin
Viva la Carmencita!


Concert de la Philharmonie de Lorraine, dir. Jacques Lacombe
avec Serge Moché, Nelly Ernst-Louvigny, Eric Chartier, Denis Dionne, percussions & Damiel Saurel, timbales

Arsenal, Metz, 17 février 2000 - Programme du concert


Le seul poncif auquel sacrifiait ce concert était la mise en bouche avec une ouverture de Mozart: celle des Noces de Figaro. Si les violons étaient inégaux, tantôt aériens et chantant, tantôt poussifs en cohue, les courtes phrases d'écho des vent étaient bienvenues. Dans l'ensemble, une interprétation correcte mais pas encore assez claire.

Ensuite, avec la Sérénade pour instruments à vent de Richard Strauss, le programme abordait le répertoire des érudits. Pour qui veut écouter un enregistrement de cette Sérénade sans s'ennuyer, on ne saurait trop conseiller un appareil d'une extrême fidélité. Dans la salle de l'Arsenal, nous avons pu goûter avec profit le délicieux mélange des timbres qu'organise l'oeuvre. Chaque pupitre - les instruments apparaissant par paires mais intervenant parfois en solo - entrait avec à propos, dirigé avec beaucoup d'exactitude par Jacques Lacombe. Le caractère pastoral de cette sérénade était bien rendu, notamment par la clarinette. L'accès au noeud du récit fut très émouvant. Bref, une bonne entrée en musique.

Le plat de résistance de cette soirée était occupé par la suite de Carmen par Rodion Shchedrin: un véritable spectacle musical. Les trois premières parties sont déroutantes pour les oreilles, mais dès la quatrième on retrouve un univers sonore cohérent avec une véritable écriture pour les percussions. L'oeuvre est bien plus intéressante qu'il n'y paraît au premier abord, par son humour bien sûr, mais aussi grâce à une convaincante construction dramatique: cette suite de Shchedrin redonne mieux la progression de l'action dans l'opéra que celle de Bizet.

Dès la première partie, nos oreilles ont été agréablement chatouillées, malgré un phrasé un peu hésitant, par le toucher délicat de Serge Moché au carillon. Parmi les meilleurs moments, on retiendra aussi ses duos aux xylophones avec Nelly Ernst-Louvigny: ces deux percussionnistes ont visiblement l'expérience de jouer ensemble. Dans la huitième partie, j'ai beaucoup aimé le solo de Serge Moché sur un xylophone noir: c'était brillant, enjoué et plein d'exactitude. Son jeu sur les instruments frottés était net et dégageait bien les timbres. Bien aussi l'ambiance tectonique créée par Eric Chartier frappant sur une cymbale avec des marteaux feutrés (dans l'introduction de la 10° partie; dommage que la suite ait été un peu désordonnée!). Avec l'arrivée de la mort, les cinq percussionnistes ont fait corps pour frapper les coups de semonce: c'était très impressionnant! Et quelle introduction pour les visions d'éternité suscitées à Don José par Eros et Thanatos! (belle expressivité des cordes). Par ailleurs, plusieurs fois, les instruments à cordes sont amenés à imiter le toucher et les manières des percussions: on retiendra notamment les pizzicati des altos (dans la 4° ou la 5° partie ?).

La fin de l'oeuvre a semblé un peu longue et répétitive, mais il y a eu de bons moments: le chef qui s'adonne au pathos dégoulinant avant de faire revenir avec fracas la cruauté des percussions, puis la dernière montée jouée avec force.

Dans l'ensemble une soirée originale, avec un programme que d'aucun jugerait impossible. Et pourtant, la fête battait son plein!

Bruno Masala


Liens:
 - Philharmonie de Lorraine (site officiel, Mairie de Metz)

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© Bruno MASALA, fév. 2000.   Motif de la marge: vitrail de Ménassier, à Brézeux