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Le Chateau des Carpathes
De nombreuses découvertes et beaucoup d'émotion musicale, hier soir en entendant cet opéra. Il était présenté en version de concert, avec un décor suggéré: chateau fort figuré derrière les musiciens, jeux de lumières, utilisation des balcons de l'Arsenal... J'ai d'abord été sensible à la richesse sonore, notamment à certains duos très créatifs, des duos dont chacune des parties avait le don d'éveiller l'oreille aux particularités sonores de l'autre. Ainsi, lorsque la soprano (Angelina Ruzzafante) et la clarinette (Jean-Claude Madoni) se faisaient entendre ensemble, on découvrait à la voix une onctuosité de clarinette, et à la clarinette l'élévation légère du chant. Un peu plus loin, d'autres duos viennent titiller l'imagination: violoncelle solo et bois, pizzicati du violon et xylophone... Bref, une grande diversité sonore, qui par moment s'affirme dans sa variété, mais qui, dans l'ensemble, constitue une pâte équilibrée: hétégérogène par elle-même puis unifiée par l'esprit. Peut-on se risquer à dire que Philippe Hersant réussit là où les spectraux prétendent? Par moment, même la piano devenait méconnaissable, alors qu'on le sentait là, bien à gauche de l'orchestre. Qui donc se mêlait à lui du beau milieu du choeur orchestral ? Les surprises sonores n'effacent à aucun moment la continuité du récit. La narration est très crédible. Les vocalises de la diva, au début, nous rappellent qu'il s'agit d'un opéra sur l'opéra. Mais le drame prend vite toute la place et, pour ne percevoir que le second degré, il faudrait être de mauvaise humeur. En fait, les niveaux d'interprétation s'interpénètrent: on y croit consciemment. Le corps a vibré, l'esprit est satisfait. C'était une oeuvre moderne. Merci à Philippe Hersant: LE compositeur à inviter pour une résidence à l'Arsenal. Il saura faire comprendre la musique sans laisser de la faire aimer. Liens: - Philharmonie de Lorraine (site Mairie de Metz) |